Auteur : Diane de Bourguesdon

Manager Digital Health au sein du cabinet de conseil jalma, je suis passionnée par tout ce qui concerne la santé connectée et les perspectives qu'elle offre dans l'amélioration de la santé

Santé digitale : les 4 raisons d’y aller pour les assureurs

L’engouement provoqué par les objets connectés et les applis santé n’épargne personne : l’ensemble des acteurs économiques a actuellement les yeux rivés sur ce phénomène émergent, sur lequel il porte un regard tantôt amusé, tantôt inquiet, mais toujours curieux. Entre l’intérêt évident suscité par ces nouvelles technologies, et leur mise en oeuvre effective, il y a cependant un pas qui n’a pas encore été franchi par les financeurs du système de santé français, à l’exception de quelques initiatives isolées et sans réelle cohérence apparente. Pourtant, les assureurs santé ont vraiment tout à gagner à investir cette nouvelle dimension de la santé, la santé connectée. Outre le fait indéniable qu’elle est amenée à se substituer progressivement à des pans entiers de la santé traditionnelle, 4 enjeux semblent suffisants pour les décider : un enjeu marketing, médical, économique, et stratégique. L’enjeu marketing, c’est celui de transformer l’expérience patient actuelle, parcours – de soins – du combattant ponctué d’embuches et de freins en tout genre (organisationnels, administratifs, psychologiques, etc.), en une expérience patient qui n’est peut-être pas agréable, mais à tout le moins fluide et plus supportable. Une nouvelle ère arrive, celle de l’expérience patient digitale, dans laquelle les outils numériques viendront intelligemment combler certaines lacunes du système de soins traditionnel. La réflexion autour de l’expérience patient digitale ouvre la voie à de multiples pistes de différenciation pour les assureurs. L’enjeu médical, c’est de permettre l’évolution progressive du système de santé d’un modèle curatif vers un modèle préventif. Ce point a déjà été largement argumenté, la dernière fois en date étant par le Think tank Renaissance numérique dans son livre blanc de septembre 2014. Au-delà de l’intérêt des technologies numériques et du quantified self dans la promotion de modes de vie plus sains auprès d’individus en bonne santé, leur rôle bénéfique dans la gestion des maladies chroniques est également largement prouvé selon les auteurs de ce rapport. L’enjeu économique recouvre les gains de productivité considérables que les outils numériques vont apporter à un système de santé qui a structurellement du mal à en faire. Last but not least, l’enjeu des données, couramment appelées Big data, est hautement stratégique. Sauf à accepter de laisser le champ libre à de nouveaux entrants, les acteurs issus d’internet (Google, Apple) qui ont pris une avance considérable sur ce sujet, les financeurs du système de santé devront très rapidement développer une expertise « métier » sur l’analyse de ces données pour en capter au moins une partie de la valeur. Bref, il faut y aller !

Les réseaux sociaux sont une chance

Social NetworkSi la chance peut se définir comme la création autour de soi d’un environnement favorable fait d’opportunités, pour reprendre les mots d’un spécialiste du management [*], qui mieux que les réseaux sociaux, peuvent représenter une source permanente d’opportunités ?

Au-delà de leur convivialité évidente, les réseaux sociaux sont avant tout un moyen formidable de rester à l’écoute, d’être « aware » comme disent les Américains (et d’autres !). Cet état de veille est la meilleure manière de pouvoir saisir les opportunités lorsque celles-ci se présentent.

Les sites de rencontre en sont l’illustration la plus évidente : ceux-ci ne sont rien d’autre qu’un facteur multiplicatif des opportunités de rencontre, et donc un facteur d’augmentation de la probabilité de rencontrer LA personne.

C’est bien sûr également vrai en ce qui concerne le plan professionnel : le networking est un moyen très puissant pour connaître et se faire connaître dans le monde du travail. La liste des bénéfices est sans fin : découvrir les dernières nouveautés, connaître les centres d’intérêt de ses prospects, échanger avec de nouvelles personnes, se rappeler au bon souvenir de ses contacts, etc. Ces bénéfices contribuent justement à la construction de sa chance, cet environnement personnel permettant de susciter les opportunités : nouvelle idée, nouveau poste, nouveau partenariat…

Au-delà de ces généralités, les réseaux sociaux sont incontestablement une chance pour le secteur de la santé.

Sans revenir sur les avantages d’ordre professionnel pour les acteurs de ce secteur, qui sont les mêmes que dans les autres domaines d’activité, les réseaux sociaux ont aussi des atouts spécifiques pour contribuer à l’avenir à l’amélioration de la santé et de la médecine.

Aux Etats-Unis, des réflexions sont en cours pour utiliser les réseaux sociaux comme de véritables relais de détection des épidémies, certaines applications étant d’ores-et-déjà en passe de supplanter les outils épidémiologiques traditionnels. Une autre finalité du même ordre est de faciliter la veille sanitaire dans le domaine des médicaments, avec la possibilité de recenser en temps réel les effets secondaires des traitements, en court-circuitant la procédure actuelle longue et peu fiable.

Les personnes atteintes d’une maladie ou leurs proches peuvent facilement entrer en contact via des communautés de patients, comme PatientsLikeMe ou Carenity en France, pour partager leur expérience personnelle et diffuser leurs connaissances sur la maladie. En outre, ces réseaux donnent aux laboratoires pharmaceutiques et scientifiques un accès à une masse très importante de données de santé, offrant par là une opportunité inédite pour faire avancer encore plus efficacement la recherche médicale.

Ils donnent aussi aux soignants l’occasion de rénover leur relation avec les patients, vers plus de transparence, de fluidité et de simplicité, cet exercice requérant toutefois une grande prudence de la part des professionnels. Mais nul doute que dans un contexte de digitalisation rapide de la santé et de virtualisation des échanges, les réseaux sociaux représenteront à terme une façon de maintenir le lien entre patients et soignants, et ainsi de conserver à la médecine sa part d’humanité.

[*] Comment avoir de la chance, vidéo de Phillipe Gabilliet, Directeur Scientifique du European Executive MBA et Professeur de Leadership à ESCP Europe

Santé digitale : Raison ou Passion ?

Santé digitale Raison ou PassionLes ornières dans lesquelles se trouve notre système de santé depuis des années n’ont jamais constitué un moteur suffisant pour générer la diffusion massive des nouvelles technologies en santé, quand bien même celles-ci portaient en elles des éléments salutaires. Force est de constater que tous les efforts d’évangélisation, et même les discours alarmistes, destinés à faire bouger les différents acteurs de santé, seront restés lettres mortes. Ce n’est donc pas une soudaine prise de conscience des difficultés qui est aujourd’hui à l’origine de l’explosion de la santé connectée, tant en termes d’utilisation que de production.

Non, ce qui l’explique, c’est à coup sûr l’engouement incroyable de la société pour ces nouvelles solutions, des solutions amusantes et ergonomiques découlant directement du smartphone.

Il était évident que la digitalisation envahirait la santé comme elle l’a fait plus tôt dans tous les autres domaines de la consommation. Elle a fortement contribué à remodeler notre société, qui est devenue férue de solutions ludiques, faciles et rapides, comme les applications mobiles. Quitte à remiser au placard tout ce qui ne répond pas parfaitement à ces critères : les cyber-individus, qui ont accès à tout, vite et à tout moment, sont aussi très exigeants !!

La société actuelle a également des velléités nouvelles, et qui sembleraient parfaitement incongrues pour qui serait exilé sur Mars depuis dix ans : l’envie permanente de tout partager et commenter, quel que soit le sujet. Cette envie n’épargne pas la santé : les réseaux sociaux de patients se multiplient, tout comme la publication de données de santé personnelles. Ce partage favorise évidemment la transmission de l’information médicale, qui n’est alors plus captive d’une poignée d’érudits, les soignants, mais arrive à la portée de chacun d’entre nous.

Ces changements sont trop profonds pour ne pas être durables. Le développement de solutions de santé digitale va inéluctablement faire naître de nouveaux besoins, tant chez les patients que chez les soignants. Et ces besoins pousseront les industriels à encore plus de créativité pour imaginer et construire la santé de demain. Là se situe le cœur du réacteur, et le reste suivra.

Preuve une fois de plus que notre société, pour le moins hédoniste, avance plus avec la passion qu’avec la raison !

Après l’Evidence-based medicine, la Data-based medicine

Data-based medicinePendant longtemps, la médecine était avant tout un art. Un art certes non pas destiné à faire jaillir le beau à partir du néant, mais voué à faire triompher la santé contre la maladie. Elle était alors un savant dosage entre manipulations, interventions chirurgicales et autres prescription de drogues, dosage dont l’efficacité relevait avant tout du sens clinique et de l’expérience personnelle du médecin. L’appellation même d’art médical montre que la science n’était pas vraiment au cœur de la pratique.

L’avènement de l’Evidence-based medicine (EBM), ou médecine fondée sur les preuves, apparue vers la fin du 20ème siècle, a marqué un tournant décisif dans la pratique médicale, en imprimant une démarche scientifique et rationalisée à la prise de décisions médicales. De façon très schématique, l’EBM consiste à pratiquer la médecine conformément à des règles quasi-universelles, dont l’efficacité a été scientifiquement prouvée – d’où sa traduction française « médecine fondée sur les preuves ». Pour simplifier, c’est comme si le médecin moderne, au lieu de se fier à ses seuls bon sens et expertise, certes indispensables, se référait constamment à l’expérience cumulée et actualisée de tous ses pairs, issus du monde entier.

L’EBM concerne notamment les deux moments phares de la prise en charge médicale, le diagnostic et le choix thérapeutique, pour lesquels les médecins sont incités à s’appuyer à des recommandations dites de bonne pratique, dédiées à leur spécialité. La pertinence de cette démarche ne saurait être remise en question : l’EBM est aujourd’hui très largement admise et pratiquée. La numérisation, avec la traduction des protocoles médicaux issus de l’EBM en algorithmes informatisés, a permis d’optimiser encore la fiabilité de cette démarche scientifique.

Un saut quantique est actuellement en train de se produire : après l’Evidence-based medicine, bienvenue dans la Data-based medicine (DBM) ! Avec cette nouvelle médecine, basée sur l’analyse de données de santé du patient, ou plus exactement de « bases de données santé » au vu de la quantité et de la qualité des données, le processus de rationalisation franchit un cap majeur. Les données de santé du patient, recueillies grâce aux nouveaux objets du Quantified-self, peuvent être croisées avec les bases de connaissances médicales de l’EBM, pour garantir une médecine encore plus fiable et personnalisée. Mise en équation : EBM + QS = DBM !!

En vrac quelques-uns des avantages procurés par la DBM : volume phénoménal de données patient pouvant être analysées, capacité d’analyser ce volume de façon combinée, remarquable fiabilité des données analysées, possibilité d’historisation des données, contribution à une base de données santé mondiale. Mais surtout, la visibilité apportée au médecin sur l’état de santé de son patient est inédite et absolument prodigieuse, et lui permet d’envisager la pratique de son métier avec un nouveau regard.

Médecine connectée vs. santé connectée

Médecine connectéeIl ne se passe pas une semaine sans annonce de nouvel objet connecté santé ou de nouvelle application santé. La presse, même généraliste, se fait largement l’écho de ce nouveau phénomène de société. Dans un premier temps apanage des seuls geeks ou sportifs assidus, la santé connectée a désormais pénétré le smartphone de tout-un-chacun, ce tout-un-chacun étant tout de même plutôt un homme de moins de 35 ans, parisien et CSP+[1].

Il n’est pas inutile de rappeler que la santé connectée est la conséquence logique des deux révolutions qui ont changé le monde en un temps record. La révolution Internet tout d’abord, qui a permis l’accès à tous à la connaissance, une sorte d’Encyclopédie de Diderot sans début ni fin, qui serait accessible à tous, partagée entre tous, et sans cesse enrichie. La révolution Smartphone ensuite, fabuleux concentré de technologies, ordinateur de poche aux mille possibilités qui fait de nous des êtres connectés, en tout lieu et à tout moment.

Le premier challenge de la santé connectée était de séduire le plus grand nombre possible d’utilisateurs. Ce challenge est en passe d’être remporté grâce aux efforts majeurs d’ergonomie et de design apportés par les fabricants à leurs solutions, qui sont aujourd’hui dans leur grande majorité ludiques et agréables d’utilisation. Les premiers chiffres disponibles – déjà 5% des Français ont recours à un objet connecté pour mesurer leur santé alors que le marché est encore émergent [2] – sont annonciateurs d’un développement ultra-rapide. Les professionnels de santé eux-mêmes sont des utilisateurs assidus à titre personnel [3]. Un écueil à surmonter sera cependant de créer les conditions d’une mise en cohérence des différentes solutions proposées, sans laquelle la santé connectée dans son ensemble risque à terme de devenir illisible pour le public.

Après avoir conquis le marché du wellness, il reste cependant aux acteurs du secteur à s’imposer sur celui de la médecine connectée, c’est-à-dire celui des solutions qui s’adressent non pas à des sportifs hypocondriaques mais à de vrais malades et à leurs soignants. Il s’agit, au-delà du caractère sexy des objets ou applications concernés, de justifier leur utilité et leur fiabilité aux publics particulièrement critiques et exigeants que sont le corps médical, les associations de patients, et les instances réglementaires (CNIL, ASIP, HAS, etc.). Ce sera sans doute long et difficile mais c’est la condition sine qua non pour que cette vague d’innovation atteigne le rivage convoité de la Médecine.

[1]Les Français et l’internet santé, Etude TNS Sofres pour LauMa communication et Patients & Web, avril 2013 ; [2] Baromètre de l’innovation, sondage par BVA pour le Syntec numérique, 12 février 2014 ; [3] Baromètre Vidal/CNOM 2012 : Les médecins utilisateurs de smartphones

Santé connectée et qualité médicale

Médecine connectéeUn monde où le patient se soignerait tout seul n’est ni pour demain, ni même souhaitable. Le médecin doit conserver son rôle central dans le traitement des patients, et à ce titre être intimement convaincu de la qualité et de l’utilité médicale des solutions de santé connectée qu’ils utilisent. Contrairement aux idées reçues, les médecins sont aujourd’hui plutôt bienveillants vis-à-vis des nouvelles technologies, se disant même prêts à en recommander l’utilisation à leurs patients. Ils ont en revanche besoin d’être persuadés de la qualité médicale des solutions prescrites[1], ce qui est encore trop rarement le cas.

Comment apporte-t-on la preuve de la qualité médicale d’une solution de santé connectée ? En étant transparent sur les conditions d’élaboration de ses contenus médicaux et sur sa fiabilité. La participation active de professionnels de santé réputés dans le processus d’élaboration est un premier gage de qualité. Les solutions développées par ou avec des médecins hautement spécialisés dans les domaines qu’elles abordent, et en concertation avec les instances médicales de référence, bénéficient logiquement d’un a priori très favorable de leurs confrères. Au-delà de ce premier élément de preuve, la qualité des contenus médicaux de la solution repose sur l’utilisation par l’équipe de conception de références médicales nationalement et internationalement reconnues, de publications scientifiques de qualité et à jour : c’est ce qu’on appelle l’evidence-based medicine. Le respect de ces règles de l’art est crucial pour emporter l’adhésion du corps médical.

La solution se doit également d’être irréprochable en termes de fiabilité. Cette exigence de rigueur est attendue à tous les niveaux : fiabilité des données entrantes et sortantes et des traitements éventuels, la parfaite reproductibilité des résultats étant une nécessité. Après un engouement inconditionnel la question de la fiabilité est de plus en plus évoquée, notamment au sujet des objets connectés[2]. Tant que l’on reste dans le domaine du wellness, autrement dit tant qu’il ne s’agit pas de données à caractère vital, le caractère approximatif des mesures n’est pas très gênant. C’est d’ailleurs l’argument derrière lequel s’abritent généralement les principaux fabricants d’appareils d’auto-mesure connectés, qui restent très évasifs sur les performances réelles de leurs produits. Des tests effectués au Mobile World Congress 2014 mettent en lumière d’énormes lacunes de fiabilité d’appareils vendus à des millions d’exemplaires… De telles approximations, sans conséquences graves en wellness, sont bien évidemment inconcevables en médecine, notamment dans le cas du suivi de patients atteints de maladies chroniques comme le diabète.

[1]2ème Baromètre sur les médecins utilisateurs de smartphone en France ; [2] Chloé Hecketswieler, David Larousserie et Pascale Santi : Gadgets connectés: tous mesurés ?, Le Monde, 11 février 2014