Pourquoi veut-on tuer le médicament ?

Industrie pharmaceutiqueEn un siècle, l’espérance de vie a plus progressé que dans les 10 000 années précédentes. Les formidables avancées en matière d’hygiène expliquent une part significative de ces gains exceptionnels. L’autre locomotive est le médicament. La tuberculose tuait 100 000 personnes en France en 1900, les antibiotiques l’ont pratiquement éradiquée. Un ensemble de molécules ont permis, en trois ou quatre décennies, de faire reculer dans des proportions considérables le risque cardiovasculaire. Plus près de nous, les trithérapies, lorsque les malades y ont accès, ont fait de la maladie mortelle qu’était le SIDA dans les années 1980 une maladie chronique. Une nouvelle génération d’antiviraux à action directe promet de faire disparaître en quelques années l’hépatite C. La prochaine frontière devrait être le cancer, sur lequel des avancées considérables sont en cours, après il est vrai des décennies de surplace.

Pourquoi dans ces conditions l’industrie du médicament est-elle aussi décriée et malaimée dans notre pays, pourquoi fait-elle l’objet année après année de taxations supplémentaires qui finissent par ressembler à s’y méprendre à une forme de racket ? Pourquoi s’obstine-t-on à ne voir que les arbres malades comme le Médiator et pas la forêt globalement très saine qui se cache derrière ? Sans doute à cause du rapport difficile qu’ont les Français avec l’argent et parce que les médicaments sont développés par des sociétés commerciales et non par des institutions charitables. Sans doute aussi parce que les médicaments les plus efficaces sont aussi ceux qui ont les effets secondaires les plus difficiles à vivre et qu’un traitement médicamenteux n’est donc jamais un chemin pavé de roses.

Pour autant, sacrifier une poule au oeufs d’or qui a fait faire des pas de géant à la qualité et à l’espérance de vie au nom de la haine du lucre et de l’effort est un pari singulièrement risqué. Le grand écologiste américain Jared Diamond a fait remarquer à juste titre que l’un des risques environnementaux les plus importants auxquels notre civilisation était confrontée était celui de l’incapacité de centaines de millions d’individus de survivre en l’absence d’un système de santé structuré et sophistiqué. Or l’industrie du médicament est un maillon essentiel d’un tel système. Vouloir la pressurer jusqu’à ce que mort s’ensuive est donc une forme de suicide collectif inconscient.

Ce ne serait pas une première. Après la surexploitation des ressources naturelles, la sur-taxation de l’innovation et du progrès technique est la cause la plus fréquemment observée de l’extinction des civilisations dans le passé. Il n’y a pas d’Etat sans capacité de lever l’impôt mais il n’y a plus d’Etat quand cette capacité est utilisée abusivement et à mauvais escient. Et les premières victimes sont toujours ceux qui ont imprudemment aboyé avec les loups, les malades dans notre cas.

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